Long Description:[FR] Fondée par le futur roi saint Louis selon le vœu de son père,
l'abbaye fut édifiée en un lieu nommé Cuimont puis rebaptisé en
Mons Regalis, Mont royal ou Royaumont. Son statut d'abbaye royale
comme son pendant, l'abbaye de Maubuisson[1], lui confère un statut
exceptionnel : elle n'est pas sous la dépendance d'une des « filles
» de Cîteaux que sont les abbayes de La Ferté, Pontigny, Clairvaux
et Morimond, mais relève directement de l'abbaye mère de Cîteaux.
Elle compte jusqu'à cent-quarante moines dès sa fondation. Elle
est entourée d'une certaine mondanité avec de fréquents séjours
royaux. Outre les nombreuses retraites où Saint-Louis vit comme un
moine, l'abbaye devient la nécropole familiale : le roi y fait
inhumer un frère et trois de ses enfants.
L'abbaye est un lieu ouvert et soumis à la volonté royale, elle
accueille le dominicain Vincent de Beauvais, précepteur des enfants
royaux. Il est probable que la bibliothèque de Royaumont ait
d'ailleurs joué un rôle dans l'élaboration de l'encyclopédie
Speculum Majus. Tout au long de son règne, saint Louis favorise
Royaumont de dons en argent, en terre, mais également en droits et
avantages de toutes natures. En 1235, le roi accorde une rente
annuelle de cinq cents livres pour l'entretien d'au moins soixante
moines. Un des biographes du roi évoque quelques années plus tard
une centaine de moines et une quarantaine de frères convers. À la
mort du roi, l'abbé étant un des exécuteurs testamentaires,
l'abbaye reçoit un tiers de la bibliothèque royale et est une des
mieux dotées du royaume[2].
La vie monastique décline rapidement par la suite car plus aucun
roi n'accorde par la suite l'importance qui lui avait accordée
saint Louis. La situation est encore aggravée durant la guerre de
Cent Ans : les abbayes ne disposent pas de la protection qu'offrent
les châteaux forts et Royaumont est régulièrement rançonnée. Au
début du XVe siècle, le lieu est considéré dans plusieurs Chapitres
Généraux de l'ordre cistercien comme une abbaye ruinée. Les
bâtiments ne sont pas touchés, mais les terres sont ravagées. En
1473, un incendie détruit la toiture et le clocher de l'église ;
les réparations ne sont entreprises qu'au début du XVIe siècle.
La prospérité semble néanmoins revenir après les troubles, mais
sa mise sous commende en 1549 compromet ce renouveau.
Le dernier abbé commendataire de Royaumont mène une vie
diamétralement à l'opposée de l'austérité monastique.
Henri-Éleonore-François Le Cornut de Ballivières est l'aumônier du
roi et vit l'essentiel de son temps à Versailles. Mais il se rend
néanmoins à Royaumont qu'il fait visiter au futur tsar Paul Ier de
Russie et au roi de Suède Gustave III. Les locaux dont il dispose
ne conviennent pas à son train de vie ni à ses illustres visiteurs.
Détonnant avec les sobres bâtiments cisterciens du XIIIe siècle qui
l'entourent, l'abbé de Ballivières fait édifier en 1785 une
splendide palais abbatial neoclassique inspiré du petit Trianon
autant que des villas de Palladio en Vénétie, avec salles de
trictrac et de billard. La résidence est livrée en 1789, mais il
n'en profite pas longtemps, s'étant enfui à l'étranger dès les
prémices de la Révolution française.
En mai 1790, les représentants de la municipalité d'Asnières
procèdent à l'inventaire des biens et des revenus de l'abbaye. Les
derniers moines, à peine une dizaine, sont alors chassés, cinq
d'entre-eux qui souhaitent conserver une vie monastique sont
envoyés à l'abbaye des Vaux-de-Cernay près de
Dampierre-en-Yvelines. En octobre de la même années, les ordres
religieux sont supprimés par l'Assemblée nationale et les biens de
la communauté sont expertisés. Les bâtiments vendus comme biens
nationaux en 1791 : les scellés sont posés en janvier et la vente
aux enchères se déroule en mai. L'abbaye est achetée par le marquis
Jean-Joseph Bourguet de Guilhem de Travanet, un industriel, qui
avait été le banquier de jeu de la reine Marie-Antoinette et a
épousé la fille de Bombelle, un ministre de Louis XVI. Les
bâtiments sont vidés de toutes leurs activités passées : le
mobilier, les livres et les archives, l'argenterie, les cloches
mais aussi les tombes. L'ensemble est reconverti en une filature de
coton. Les trois-cents ouvriers sont employés à la destruction de
l'église en 1792 à l'exception curieuse d'un pilier, les pierres
sont utilisées pour construire les habitations des ouvriers. Le
reste des bâtiments sont adaptés à l'activité industrielle. En
1815, l'usine est revendue par les héritiers de Travanet à un
industriel belge, Joseph Van der Mersch.
Au début du XIXe siècle, l'ensemble constitue une curieuse
imbrication de ruines gothiques et de bâtiments industriels. Les
Van der Mersch savent habilement profiter de la vogue romantique :
ils font venir des ouvriers flamands qui assurent le succès de
l'entreprise industrielle, mais attirent également la grande
bourgeoisie parisienne par de nombreuses fêtes et réceptions. Une
salle de bal est aménagée dans l'ancien réfectoire des frères
convers ainsi qu'un petit théâtre dans le passage attenant.
Certaines habitations ouvrières du parc sont reconverties en
cottages. Parmi les hôtes célèbres, on peut citer Benjamin
Constant, propriétaire de l'abbaye d'Hérivaux non loin de là, La
Fayette, Eugène Sue, le peintre Horace Vernet...
Les successeurs remplacent la filature par un atelier
d'impression de petits châles dits « Californie ». Mais leur
entreprise périclite rapidement et elle ferme finalement ses portes
en 1860
Après la tourmente révolutionnaire, l'ordre cistercien ne
revient pas à Royaumont. Les bâtiment sont en revanche occupés par
un des nouveaux ordres apparus au XIXe siècle dans un élan de
retour aux valeurs chrétiennes. C'est d'abord la communauté des
Oblats de Marie-Immaculée de Marseille qui rachète l'ensemble et
s'y installe en 1864. Elle confie très rapidement l'abbaye aux
sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux qui en fait son noviciat en
1869. Les bâtiments reçoivent les quatre branches de la formation
offerte aux religieuses : les sœurs agricoles, l'éducation des
demoiselles de l'instruction aux ignorants et le soin aux malades
pauvres. Durant la belle saison, des processions ornées de fleurs
sont organisées.
Les bâtiments très amoindris par l'occupation de la filature
sont progressivement restaurés. Le gothique est très à la mode à
cette époque, et la communauté trouve en Charles Vernier, un
architecte de la région, celui qui permet de faire revivre l'abbaye
du passé. Le réfectoire des moines, divisé en ateliers, est
restauré, la totalité de l'ancien bâtiment des moines est restauré
en style gothique, une chambre de Saint-Louis est créée avec
croisée d'ogive, un plafond étoilé et un vitrail racontant la
pieuse vie du roi, et l'aile détruite du cloître est reconstruite.
Mais les temps changent et les religieuses ne pourront pas mettre
en œuvre leur rêve de rebâtir l'église : dans un contexte
d'anti-cléricalisme croissant, elle sont dans l'obligation de
quitter Royaumont en 1904, un an avant la loi de séparation de
l'Église et de l'État.
[EN] Royaumont Abbey is a Cistercian abbey, located near
Asnières-sur-Oise in Val-d'Oise, approximately 30 km north of
Paris, France.
Saint Louis founded the Abbey of Royaumont in 1228 and stayed
there many times; this was Royaumont's period of greatest renown.
Monks lived there up until the Revolution but the community was
very quickly reduced from 120 to about 20 and then 10 monks, while
the buildings were abandoned. From the 16th century Royaumont was
headed by a series of commendatory abbots, many of whom took a
liking to it and made it their summer residence. The last abbot,
Cornut de Ballivières, built a magnificent palace but never lived
there because by the time it was completed in 1989 he had fled.
The church of Royaumont was destroyed in 1792. The new owner of
the Abbey, the Marquis of Travanet, used the stones of the church
to build workers' quarters in the park for the cotton mill which he
installed at Royaumont. While the old architecture was mistreated
for the sake of the factory, a Romantic taste for old ruins and the
social life of the new occupants attracted the Paris upper-crust
bourgeoisie. In the second half of the 19th century, sisters from
the Sainte Famille de Bordeaux undertook to restore the soul of the
Abbey. Guided by the idea of rebuilding the original Gothic
architecture and working for the glory of Saint Louis, they
undertook extensive restoration work.
In the early 20th century the Abbey was acquired by the Goüin
Family which set up the current cultural centre. In 1964, Henry and
Isabel Goüin created the Royaumont Foundation (Fondation Goüin-Lang
pour le Progrès des Sciences de l'Homme), the first private French
cultural foundation.
(French text from wikipedia, English from Royaumont website)